Visuel Thylacine
Paris La Nuit

Magazine

Thylacine

On s’est retrouvé au bord du lac Baïkal à tuer un bouc et à le manger, et faire un feu avec sa peau
Categorie Interview / Paris ma nuit
Activité / Label Intuitive Records
Date de publication 25/04/2017
  • Thylacine qu’est ce que c’est exactement ?

    William : Mon projet doit avoir 4 ans maintenant. C’est mon passage à la musique électronique. Avant, je jouais dans des groupes. J’ai toujours eu envie de composer, j’aime les instruments mais j’aime la musique électronique. Créer des morceaux et transmettre des émotions à travers ça. C’est comme ça qu’est arrivé Thylacine.

    C’est aussi un projet que j’ai créé pour me faire plaisir à l’image, l’idée c’est de ne pas faire que de la musique. Pouvoir mixer tout ça pour faire un projet un peu plus large.

  • On voit dans les premières vidéos qui ont été faites que tu avais peur de ne pas trouver d’inspiration. Quel a été l’élément déclencheur ?

    William : Je pense que la grosse surprise de ce voyage a été les rencontres. C’était un paramètre que je n’avais pas pris en compte. A la base, c’était un challenge pour voir ce qu’il se passait en partant composer 2 semaines de Moscou à Vladivostok. Voir comment les paysages ressortent dans les photos. Mais au final, c’est vraiment les personnes que j’ai rencontrées là-bas, j’ai fait des rencontres incroyables ! Pouvoir discuter avec ces personnes, les enregistrer … La plupart du temps, c’est elles qui m’ont fait découvrir leur musique. Et ça, c’était la meilleure source d’inspiration que je pouvais avoir. Ça a été le gros déclencheur.

  • Est ce qu’il y a une histoire, une rencontre ou une aventure qui t’a particulièrement marquée pendant ce périple ?

    William : Il y en a plusieurs. Celle qui est vraiment la plus improbable, c’est celle avec le chaman. On s’est retrouvé au bord du lac Baïkal à tuer un bouc et à le manger, et faire un feu avec sa peau (rires). C’était intéressant de pouvoir discuter avec lui, de savoir ce qu’il a vécu. Il a un passé incroyable. Rencontrer des gens qui ont une culture et un vécu complètement différents du tien, c’est très enrichissant. C’est sûr que cette histoire, je risque de m’en souvenir un petit bout de temps.

  • On sait que ton projet est né de l’envie de sortir de l’isolement du studio. Le train est une parfaite alchimie entre la solitude et la rencontre. Quel impact cela a-t-il eu sur l’album ?

    William : C’est ça : à la fois le train c’est le petit cocon où t’es dans ta petite cabine avec ta vitre qui te permet de voir tout ce que tu traverses, et en même temps, c’est plein de rencontres à l’intérieur et à tous les arrêts. C’est ça qui est un peu ressorti de tout ça, c’est le rythme. Pendant que je faisais des arrêts pendant 2/3jours, c’était très intense, on allait rencontrer plein de gens, enregistrer des sons et puis tout à coup : « boum » retour dans le train, et plus rien ! Le temps s’arrête pendant 2/3jours avant de se stopper à un autre endroit. Pendant ce temps là, je me perdais en composant nuit et jour. C’était ce rythme là qui était assez génial. Après ce qui s’est retrouvé dans le son, c’est tout l’environnement, que ce soit les rythmiques du train, tous les sons qu’il y a autour de toi…

  • Tu veux dire par là que tu as pu puiser des idées de pleins d’éléments différents qui t’entouraient ?

    William : A la base l’idée c’était de ne pas trop enregistrer de sons parce que ça peut vite devenir quelque chose de décoratif, quand il n’y a pas un sens derrière. Tout était très cohérent, et quand je composais ma musique et que j’ajoutais un son, je m’en servais pour raconter quelque chose. Que ce soit une histoire de A à Z, une sorte de voyage.

  • La thématique du voyage est très présente dans ton album. Le voyage, qu’il soit intérieur ou extérieur est une manière de se chercher, se découvrir. Qu’as-tu appris sur toi tout au long de ces deux semaines ?

    William : Déjà, ça m’a conforté dans l’idée que j’avais pas mal envie de bouger. J’ai l’impression que je me construis à force de voyage, de rencontres. Même politiquement, socialement. Il faut dire que la Russie, c’est un pays vraiment intéressant. C’est riche, puis il y a toute la conclusion du point de vue artistique. A la base, je partais du constat que j’avais  besoin de vivre des choses assez fortes pour pouvoir créer de la musique, pour retrouver cette nécessité de composer. Ce sentiment intense qui te donne envie de raconter quelque chose, ce que tu as vécu. Ca m’a permis de confirmer ça. C’est ça que j’ai envie de faire : Une musique de rencontre qui est en interaction avec d’autres éléments.

  • Dans ce périple, il y a l’idée de laisser une part de l’humanité venir à soi. Comme par exemple ta rencontre avec le chaman. As-tu le sentiment d’avoir pu retranscrire comme tu le souhaitais cet échange culturel ?

    William : Je ne me suis pas vraiment mis cette pression de retranscrire ce que j’avais vu, parce que dans tous les cas, c’est une interprétation. C’est personnel, on pourra le raconter de 10 manières différentes, et il n’y en aura pas de bonnes ou de mauvaises. C’est vrai que la question « comment l’autre était » m’était venue en tête. Au final, tu ingères ce que tu reçois et après c’est ta façon de le digérer et de le rendre. La seule chose où j’ai eu du mal, ça a été de tailler dans les voix ou de ne pas trop les modifier. Je sais qu’il y en a beaucoup qui auraient beaucoup plus décomposé. J’étais assez bloqué, j’avais l’impression de casser ce moment que j’avais un peu dans la tête. J’avais assez peur d’y toucher, je n’avais vraiment pas envie de tout détruire.

  • Pour toi c’était cette envie de retranscrire le moment présent, à l’instant T.

    William : C’était ça plutôt qu’une recherche purement sonore. C’était un moment que j’avais envie de retranscrire, et c’est ça que j’adore avec la musique. Tu vois quand tu connais l’histoire d’un morceau et que tu l’écoutes, tu revis un peu ce moment. Je trouve ça intense, ça me fascine. Il fallait que je réadapte pour que ça puisse se marier avec ma musique sans détruire l’énergie liée au moment. Une sorte d’ethnomusicologie. De toutes les manières, ça s’est fait assez naturellement  (rires). Quand ça marche, tu laisses couler…

  • Il y a l’idée d’un perpétuel mouvement dans “Transsiberian”. Quel est ton rapport à l’espace et aux lieux de manière générale ?

    William : Je sais que j’ai du mal à avoir un chez moi, un endroit fixe. Je sais que maintenant je commence à être chez moi quand je voyage, quand je pars je me sens mieux, parce qu’il y a moins de pression dans l’entourage. Il y a moins de choses à faire au quotidien. Quand je pars, on me laisse tranquille. Et puis le mouvement perpétuel comme ça, c’est assez agréable en terme d’inspiration. Le fait de jamais être au même endroit ; justement dans le train, tu ne te lasses jamais de là où tu es. Il y a une dynamique où tu sens que tu n’es pas là en train de ne rien faire et voir le temps passer.

  • Ce mouvement, c’est donc une forme de cycle qui rend chaque instant nouveau, où tout est à découvrir et tout est différent. En un sens, tu pourrais dire que tu es beaucoup plus éveillé à ce qu’il se passe autour de toi.

    William : C’est totalement ça ! L’idée que même les bruits les plus simples, te paraissent sortir de l’ordinaire quand tu es à l’étranger. Tu as un œil beaucoup plus affuté.

  • Dans ta musique, il y a quelque chose de léger et de profond en même temps. Est-ce qu’on pourrait parler de ce sentiment de plénitude / d’évasion qu’on retrouve dans le voyage ?

    William : A la base je fais beaucoup de musique pour m’échapper, des fois pour aller mieux. C’est quelque chose de très personnel, je compose de la musique pour moi avant de la composer pour les autres. C’est comme ça que j’aime vivre. Composer me permet de m’échapper, de me calmer et de réfléchir. Il y aussi un peu de mélancolie, mais pour moi la mélancolie, ce n’est pas quelque chose de négatif. Au contraire, c’est quelque chose qui nous rend humain et vivant.

  • Quels sont les pays où tu rêves d’aller ?

    William : Où est ce que j’ai vraiment envie d’aller…? Je ne suis jamais allé en Amérique du sud pour l’instant, donc… En fait, partout où je ne suis jamais allé (rires). Non mais tu vois, malgré les préjugés, je n’aurais jamais cru que la Russie était un pays qui aurait pu m’exciter autant, et pourtant ça fait partie des endroits qui m’ont énormément marqué et touché.

  • Dans c’est cas là, un pays qui titille plus ton imaginaire ?

    William : Afrique du sud, parce que même culturellement, c’est assez fou !

  • Tu viens de sortir un nouveau track LONE, tiré du film « De toutes mes forces ». C’est ta première B.O. Comment s’est faite la rencontre avec Chad Chenouga, le réalisateur ?

    C’est sa femme qui écoute ma musique régulièrement qui lui a conseillé de me contacter. On s’est rencontré, on a pas mal discuté, et ça s’est fait naturellement. J’ai eu la chance de bosser avec l’équipe du film qui est vraiment géniale. Je sais que tout le monde dit un peu ça tout le temps mais c’est vraiment agréable de bosser avec des gens comme ça. Et avec Chad, on s’envoie des textos tous les 3 jours maintenant, c’est une personne adorable. Quand j’ai reçu le film qui était en pré-montage, je lui ai proposé des idées de musique en écoutant là où il voulait aller mais tout en gardant la direction que je voulais prendre ; avec ma vision de bosser dans le cinéma. D’abord, j’ai regardé le film en version longue et après j’ai composé en m’inspirant de ce que j’avais vu, sans me dire « il faut que je prenne ce genre de musique » ou je ne sais quoi. J’ai fait quelque chose d’assez différent de ce qu’il voulait à la base, mais on a bossé à deux, je lui ai envoyé plein de choses et ça s’est fait assez naturellement. Il ne fallait pas mettre de la musique partout, il fallait être juste, ne pas en faire trop. C’est un film assez brut. Je lui proposais des choses et bien évidemment il avait le dernier mot. Ca a été une super expérience. Je viens de finir un 2ème film qui sortira à l’automne prochain et qui s’est très bien passé aussi. C’est quelque chose que j’aime beaucoup. Je ne trouve pas ça très différent de Transsibérian au final, il y a une histoire et je m’en inspire, dans un cadre différent mais il y a ce rapport là.

  • « De toutes mes forces » c’est l’histoire d’un voyage intérieur, de l’apprentissage d’un adolescent. Comme on l’a vu, c’est un thème qui te tient à cœur. A-t-il été plus facile de t’en imprégner ?

    William : Quand je vois un film, je ne vois pas le projet de quelqu’un particulièrement ; je vois une histoire, des personnages.. Notamment dans « toutes mes forces » dont le but est de transmettre l’émotion, les sentiments intérieurs du personnage principal. Ce qui me saute aux yeux, c’est plutôt l’histoire du personnage que le projet de quelqu’un. Et puis, c’est vrai que j’ai la capacité à vite oublier qu’un film est un film et de m’imprégner de l’histoire à fond. Surtout quand tu l’as vu trois fois, à la fin tu finis par croire que c’est réel (rires). C’est vraiment un film qui vit, c’est très réaliste, surtout que pour certains personnages, c’est leur propre histoire.

  • Un nouveau projet en cours ? Sera-t-il musical ?

    William : Je bosse à fond sur le prochain album, le prochain voyage et forcément, il sera musical. Je ne peux pas en dire trop pour l’instant parce que d’une part, je ne parle que quand je suis sûr à 100% de le faire, parce que ça m’arrive de changer d’avis. L’idée, c’est de pouvoir garder cette façon de travailler que j’ai eue avec Transsibérian, de l’exploiter encore mieux et de continuer là-dedans…C’est ce que j’ai envie de faire.

Samedi  29  avril 19H30
Visuel Thylacine • Aufgang
Concert
Thylacine • Aufgang
L'Olympia
Les dernières Interviews