Visuel Superorganism
Paris La Nuit

Magazine

Superorganism

Le sens de l’humour est quelque chose que nous avons tous en commun dans le groupe
Categorie Interview / Paris ma nuit
Activité / Label Domino Records
Date de publication 02/03/2018
  • Comment avez-vous découvert la musique ? Votre famille a-t-elle eu un rôle dans votre formation musicale et culturelle ?

    Orono : Personnellement, ma famille a eu beaucoup à faire dans mon éducation musicale. A chaque fois que je vois mon père, il me dit « c’est uniquement grâce à moi si tu fais de la musique aujourd’hui ». J’ai commencé à écouter Wizzard lorsque j’avais 3 ou 4 ans, parce que mon père le passait dans la voiture ainsi que Ben Folds, Ben Coler, ou d’autres dans ce genre là, si bien que je me suis découvert un intérêt tout particulier pour la musique.

    Harry : Ma famille a définitivement eu un rôle dans ma formation musicale. En effet, mon père avait l’habitude de me mettre du Iggy Pop, Lou Reed et ce genre de choses quand j’étais petit et je me suis naturellement tourné vers la musique alors même que ma famille ne joue d’aucun instrument de musique. J’ai appris par moi-même comment jouer de la guitare, comment déchiffrer un morceau et c’était parfaitement naturel pour moi. Quand j’avais 12 ou 13 ans, j’ai sérieusement pensé à devenir musicien, mais vous savez, quand on est petit, tous les métiers nous semblent intéressants et l’on a envie de tout faire.

    Emily : En ce qui me concerne, mon père avait l’habitude de jouer du piano chaque jour, apparemment ça l’aidait pour ses migraines et maux de tête ; il jouait des chansons comme le Roi Lion et chantait avec ma mère. Il jouait aussi de la guitare acoustique et ce sont des choses qui m’ont beaucoup marqué.

  • Vous venez des quatre coins du monde. Comment vous êtes vous rencontrés et qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la musique ?

    Emily : Nous nous sommes tous rencontrés il y a environ 10 ans, dont certains d’entre nous sur des forums de musique. Nous avons rencontré de plus en plus de monde et nous avons commencé à avoir des projets, vivre ensemble puis s’installer à Londres. Nous faisions certains shows au Japon et c’est là qu’Orono a fait son apparition, à Tokyo. Elle a trouvé ça cool et nous sommes devenus amis. C’était super, nous sommes même allés au zoo. Désormais nous vivons tous à Londres dans un grand appartement.

    Orono : Je faisais quelques démos sur Soundcloud et je trouve cela vraiment étrange que les autres s’y soient intéressés. Évidemment, j’ai publié les démos parce que je les trouvais cool mais c’est aussi parce que je m’ennuyais et je ne m’attendais pas à ce quelqu’un écoute.

    Harry : Orono est vraiment une artiste et c’est un véritable projet d’art qu’elle nous a présenté. C’est une personne très talentueuse et très créative. Elle postait notamment ses projets sur Facebook et nous avons commencé à avoir des idées. Orono est sincèrement une grande artiste et une superbe chanteuse.

    Emily : Et c’est ainsi que nous avons proposé à Orono de faire des démos avec nous et de tenter de faire de la musique.

    Orono : Ils étaient étonnés que je sois à l’école pour travailler, mais je ne vois pas en quoi c’est surprenant ! Je pouvais faire de la musique à côté, ça semble toujours fou lorsqu’on en parle.

    Emily : Nous avons ainsi travaillé dans notre cuisine sur un son qui est devenu le tube Something For Your M.I.N.D et comme nous avons trouvé le résultat génial, nous l’avons posté en ligne et les gens ont commencé à réagir.

    Harry : C’est comme une expérience : nous sommes de bons amis qui se sont dits « tentons quelque chose et amusons-nous, faisons de la musique » et les gens ont apprécié notre travail sur Internet. Nous n’étions mêmes pas étonnés parce que si nous avons décidé de publier la musique, c’est que nous la trouvions géniale (rires). Lorsque vous postez quelque chose en ligne, vous êtes toujours surs de vous, vous aimez ce que vous postez et vous ne savez pas comment les gens vont réagir ou même s’ils vont réagir. 

    Emily : C’est un effet boule de neige, nous nous sommes dits « postons les chansons » puis les gens ont apprécié et désormais nous faisons de la musique et nous vous parlons ici à Paris, c’est quelque chose à laquelle je n’aurais jamais cru l’année dernière.

  • Vous avez rencontré Orono au Japon. Que faisiez-vous au Japon ?

    Emily : Nous sommes partis en groupe au Japon afin d’y jouer des shows !

    Harry : Les derniers shows étaient à Tokyo et c’est quelque chose de fou que d’avoir rencontré Orono. Ce qui est super au Japon, c’est que même si nous ne parlons pas un mot de japonais, nous avons pu entrer en contact avec les gens et notamment Orono, qui a un super accent américain. Nous avons discuté avec elle, puis nous avons mangé des burgers et fait plein de choses.

    Orono : Nous nous sommes donné rendez-vous au Hard Rock café et j’étais en avance, toute seule au milieu des tables à me dire « non, je ne suis pas du tout stressée ! » (rires). Cette expérience était surréaliste.

  • Vous semblez tous avoir des personnalités distinctes et très fortes. Comment rendez-vous possible la cohabitation entre vous, au quotidien et la collaboration sur le plan artistique ?

    Harry : Cela est rendu possible grâce au respect profond que chacun porte à l’autre. Je crois que chaque collaboration réussie est basée sur le respect. Il ne s’agit pas que de l’accomplissement, mais surtout de tout le cheminement qui est fait pour y parvenir. Nous avons tous des personnalités très intéressantes et différentes et c’est ce qui rend notre musique plus intéressante. Si l’un de nous a une idée, puisque nous nous respectons et que nous savons que nous pouvons compter l’un sur l’autre, c’est toujours un plaisir d’aider l’autre et de collaborer. Vous n’avez pas à défendre l’idée que vous avez puisque vous savez que les autres l’accepterons et en tiendront compte. Tout le monde en bénéficie.

  • Vous vous êtes connus sur des forums puis avez décidé de vous réunir pour vivre à Londres alors que vous venez chacun des quatre coins du monde. Pouvez-vous nous dire comment tout cela s’est passé, concrètement ?

    Harry : Nous vivons simplement à Londres pour des raisons de praticité. J’ai un passeport anglais car je suis né en Grande-Bretagne et vous pouvez vivre là-bas si vous venez de Nouvelle-Zélande ou Australie (comme certains membres du groupe, ndlr). Londres est une grande ville très intéressante. Nous voulions partir dans une aventure et la Nouvelle-Zélande ou l’Australie sont des pays lointains et un peu isolés du reste du monde donc nous voulions aller quelque part où il était possible de se réunir. Londres était un choix logique puisque nous pouvions tous y aller.

  • Vous avez enregistré votre album par petits bouts, chacun dans votre coin, à tour de rôle. Comment appréhendez-vous maintenant le fait de devoir jouer en concert, ensemble, pour le défendre devant le public ?

    Emily : Ce n’était pas évident pour nous, l’idée que nous allions jouer en public lorsque nous avons commencé à enregistrer, mais nous savons qu’il apprécie ce que nous faisons.

    Harry : Nous sommes habitués à jouer devant de grandes audiences donc c’est un luxe pour nous de pouvoir prendre notre temps, être ambitieux et exigeants sur la présentation. Nous pourrions tout simplement monter sur scène, jouer nos chansons et terminer ainsi mais nous voulons faire de tout cela une expérience. Il ne s’agit pas que de musique, mais aussi d’artwork, et Robert Strange (membre du groupe, ndlr) met beaucoup d’importance dedans. Nous avons travaillé pendant des mois les chansons et nous avons agi comme devant un puzzle : comment maintenant présenter notre travail devant le public une fois toutes les pièces rassemblées ?

  • Comment avez-vous vécu votre succès soudain, en Angleterre ? Pensez-vous que le public français aura la même attention à votre égard ?

    Emily : C’est une chose très abstraite pour nous, nous n’accordons pas vraiment d’importance à ce que les gens pensent.

    Harry : Nous n’avons pas beaucoup de contact avec le public parce que nous restons entre nous, sauf quand nous sommes en concert, donc nous verrons bien…. J’aime beaucoup la France et sa musique. Le côté pop excentrique de notre musique va probablement plaire au public français.

  • Quelle est la part d’humour dans votre musique (notamment dans vos clips : la baleine qui jette des bananes, les arbres brocolis, etc.) ?

    Emily : Le sens de l’humour est quelque chose que nous avons tous en commun dans le groupe, cela peut bloquer avec quelqu’un qui n’a pas d’humour. Tout ce que nous faisons est donc basé sur l’humour parce qu’il fait partie de nos personnages et que c’est ainsi que nous communiquons entre nous. Aujourd’hui, l’humour est très présent sur Internet avec les mèmes, par exemple. C’est quelque chose d’important.

    Harry : Beaucoup de personnes se prennent très au sérieux, ce qui n’est pas du tout notre cas. En revanche, nous prenons l’art très au sérieux. Nous ne sommes pas des comédiens humoristes non plus, mais nous ne pouvons pas nous empêcher d’avoir de l’humour ! 

  • Votre musique comporte beaucoup de bruitages : est-ce un moyen de montrer votre connexion à l’époque actuelle ?

    Harry : Les bruitages permettent tout de suite d’évoquer quelque chose. Il est possible de créer différentes humeurs à travers la musique et nous ne nous fixons pas de limites sur comment créer ces humeurs. Par exemple, dans le post-rock, à travers la guitare, la basse et la batterie, les musiciens créent quelque chose. Nous, nous préférons nous concentrer sur les sons du monde, les sons de tous les jours, comme un oiseau qui chante ou une cascade. Lorsque vous entendez le son d’une cascade qui coule, cela vous relaxe, pas vrai, ou vous donne envie d’aller aux toilettes (rires) ? Il n’y a pas de raisons de ne pas les utiliser pour aller plus loin dans l’évocation. C’est un moyen de se connecter à ce monde.

  • Sur « Everybody Wants to Be Famous », vous semblez vous moquer des réseaux sociaux (c’est comme ça qu’on peut le percevoir), pourtant, paradoxalement, vous utilisez énormément internet et les réseaux sociaux, pour travailler…

    Emily : Nous étions assis dans la cuisine un jour et nous regardions Facebook. Les gens écrivent des choses banales telles que « je reviens juste de la gym ! », « j’ai passé du bon temps », « j’ai eu un super repas » et nous pensions « mais on s’en fout ! ». Nous utilisons la chanson pour envoyer un message à ce genre de personne qui revient de la gym et se prend souvent en selfie. Les réseaux sociaux permettent deux choses : être narcissique ou rester connecté au monde moderne, comme nous le faisons.

    Orono : Tout le monde veut être connu pour quelque chose, être comme Kim Kardashian, les gens de la télé-réalité, savoir faire de très bonnes tartes à la pomme, où que sais-je… d’une certaine manière, tout le monde cherche la reconnaissance.

  • Que signifie la baleine sur votre logo ? Et votre nom ?

    Harry : Au début, nous partagions une plateforme avec des images et les baleines revenaient sans cesse. Robert a travaillé sur le visuel et nous a proposé une baleine sous forme de gif. C’est une chose qui a été évidente pour tout le monde.

    Emily : Oui, avec la baleine vous avez l’exemple parfait de ce qu’est un super-organisme. Il y a toute une société qui vit autour de la baleine, qui la nourrit, elles vivent en symbiose avec d’autres créatures. Et lorsque la baleine meurt, elle s’enfonce et se transforme en une carcasse dans laquelle va se créer à nouveau un monde ou des créatures pourront vivre toutes ensemble. J’aime beaucoup cette idée. Le nom Superorganism vient de là, nous sommes comme une société où nous avons mêlé nos personnalités et créé quelque chose.

    Orono : Personnellement, je pense que c’est une erreur… Le mot « Superorgasm » a été mal épelé ! (rires).

  • Comment percevez-vous la musique d’aujourd’hui ?

    Emily: Nous sommes obsédés par la musique, nous l’adorons. Nous écoutons de tout, tout le temps. Nous écoutons bien évidemment ce que nous aimons mais nous nous éloignons aussi de nos goûts et il nous arrive d’écouter de la musique que nous n’aimons pas, pour analyser ou plaisanter. Par exemple, Tucan (batteur du groupe, ndlr) est un fan de métal et il n’arrête pas d’attirer notre attention sur cette musique et cela nous fait rire. Nous essayons de comprendre les goûts des autres.

    Harry : Concernant nos pairs, l’année dernière, en juin, nous avons découvert le groupe Brock Anton. Il m’a beaucoup marqué ; ils vivent tous dans la même maison, comme nous ! Je me demande s’il n’y a pas d’autres groupes qui font la même chose… Probablement. Nous pouvons nous connecter avec des personnalités qui présentent de telles similarités.

  • Est-ce que vous connaissez Paris ? Quels sont vos lieux de sortie préférés ?

    Harry : Nous adorerions sortir, si nous le pouvions. Je ne peux pas dire que je « connais » Paris, même si j’y suis déjà allé parfois.

    Emily : J’aime aller à Paris dans plusieurs lieux et m’amuser, avoir des expériences étranges car je ne sais pas où je suis, je ne suis pas familier avec ces lieux. Une fois, je suis allé Chez Régine et j’ai adoré, c’était super cool ! C’est le premier voyage d’Orono à Paris et nous sommes déjà très excités à l’idée d’y revenir. 

    Propos recueillis par Sixtine Josselin

Les dernières Interviews