Visuel Django Django
Paris La Nuit

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Django Django

Y a aussi un endroit appelé Chez Moune, malheureusement à chaque fois que nous essayons d’y aller, on ne nous laisse pas rentrer !
Categorie Interview / Paris ma nuit
Activité / Label Because Music
Date de publication 24/01/2018
  • Pourquoi avoir commencé à enregistrer l’album avec Anna Prior, de Metronomy, plutôt qu’avec David, votre batteur attitré ? Aviez-vous l’intention de collaborer avec son groupe ?

    Vincent : David s’est retiré en Écosse pendant quelques temps pour y passer des vacances, mais nous souhaitions avancer de notre côté. Nous avons souvent joué en première partie de Metronomy, donc nous les connaissons plutôt bien et Anna ne résidait pas loin de chez nous. Et ça « matche » assez entre nous, sur le plan musical. Dans la mesure où nous avions besoin de remplacer David, nous nous sommes tout naturellement tournés vers elle. Sans pour autant avoir l’intention de collaborer avec Metronomy, seulement de trouver quelqu’un qui dégage une bonne énergie. Anna est restée dix jours avec nous, c’est une très bonne batteuse. 

    Jimmy : Nous n’avions encore rien prévu de précis, c’était le désordre et il fallait vraiment qu’on avance sur la batterie. Anna se trouvait à Londres, comme l’a dit Vincent, et c’était très agréable de pouvoir collaborer avec elle. Elle ne possède aucun a priori sur notre musique et nous ne nous mettions pas la pression à ce moment là. Il s’agissait juste de générer des idées. Avoir Anna à notre disposition nous a beaucoup aidé car elle est très productive. Elle a fait avancer le processus et nous a permis de construire quelque chose de cohérent, que nous avons consigné sur bandes pour le faire écouter ensuite à David.

    « Oh, there’s a cat, there’s a fucking cat at the window ! »

  • Est-ce parce que l’écriture de vos morceaux est souvent collective qu’on rencontre sur vos disques des genres de musique aussi variés (electro, pop, kraut-rock, etc.) ?

    Vincent : Je pense que chacun d’entre nous a ses attirances pour tel ou tel genre, qui va l’influencer plus que les autres. Par exemple, j’écoute pas mal de rock garage ou de rockabilly. Tout le monde aime ça dans le groupe, bien sûr, mais c’est vrai que j’ai peut-être davantage tendance à me plonger dedans. Tommy, c’est plutôt le dancehall, en revanche. Nous aimons tous l’ensemble de ces musiques, mais je pense que chacun a sa/ses préférence(s) et nous apportons tous quelque chose au groupe. Nous ne sommes fermés à aucun genre de musique. Personne dans le groupe ne va aimer quelque chose que les autres n’aimeraient pas. C’est comme la nourriture (il désigne des plats éparpillés sur la table devant lui, ndlr), on ne peut pas manger la même chose tous les soirs au dîner pendant une semaine de suite. Pour nous, c’est comme de manger chinois, vietnamien, italien ou des burgers, nous avons besoin que notre musique soit très variée. Nous aimons changer : si on joue de la guitare acoustique pendant quatre jours, nous n’aurons pas nécessairement envie que la chanson suivante soit elle aussi composée à partir d’une guitare acoustique. Nous voulons essayer quelque chose de différent à chaque fois, quelque chose de plus amusant, ou de plus garage, quelque chose de plus dansant, etc., pour parvenir à conserver notre intérêt pour l’instrument.

  • Depuis votre premier album, on sent énormément l’influence du rock et de la pop des années 60, 70 ou 80 dans votre travail. Vous n’adhérez pas à la musique produite aujourd’hui ?

    David : Je pense que nous écoutons tous énormément de musique moderne, surtout de la dance music. Vous savez, nous pourrions enregistrer un LP où il n’y aurait aucune guitare, avec seulement de la musique électronique. Mais nous pourrions très bien, ensuite, enregistrer un album exclusivement acoustique. En réalité, nous n’avons pas spécialement l’intention d’être modernes, ni de faire partie d’une scène musicale en particulier. Lorsque nous nous sommes rencontrés et avons enregistré notre premier album, la dubstep prenait une ampleur considérable. On aurait pu se dire qu’on allait faire un album dubstep parce que c’était à la mode, mais nous ne sommes pas comme cela. Ca ne nous aurait pas correspondu. Nous tirons simplement des influences de ce qui ce fait aujourd’hui, mais aussi de ce qui se faisait dans le passé, et nous en faisons notre musique. Tout simplement.

  • Vincent, il y a justement une question que j’ai toujours voulu vous poser, même si elle vous a sûrement déjà été posée auparavant : les sonorités de votre voix me rappellent beaucoup celle de Syd Barrett. Est-ce volontaire de votre part ou un pur hasard ?

    Vincent : C’est un pur hasard. En fait, je ne connais pas beaucoup de choses à propos de Syd Barrett. Je sais qui il est, bien sûr, mais je n’ai jamais vraiment écouté ce qu’il faisait, je n’ai jamais été un grand fan des Pink Floyd. Certains disent parfois « Wow, est-ce que c’est Syd Barrett ? », mais en vérité ça m’a toujours surpris qu’on dise cela de ma voix. 

  • Marble Skies est encore un album avec lequel on peut danser sur quasiment tous les titres (notamment « Real Gone », « In Your Beat » et « Tic Tac Toe »). Mais où tirez-vous toute cette énergie ?

    (Rires généralisés, ndlr) 

    Tommy : Hé, tu nous as bien regardés !

    Vincent : Nous avons grandi en écumant les clubs, et lorsque nous jouons en live, nous voulons que le public soit excité. Seuls, un piano et une guitare ne fonctionnent pas pour ça, ce n’est pas ce qu’on recherche. Quand nous jouions à Londres, dans les clubs au début, on essayait de capturer l’attention de l’audience et de les exciter. De telle sorte que s’ils se demandaient ce qu’ils faisaient là au début du concert, ils en sortaient quand même en s’étant bien amusés. C’est une approche que nous avons conservé pour composer, nous nous demandons toujours quel effet une morceau produira lorsque nous le jouerons en live. Nous savons qu’il y aura toujours des moments très intimistes, et d’autres avec une ambiance plus dance. C’est donc une intention de notre part, mais l’énergie de notre musique provient aussi de toutes celles que nous écoutons par ailleurs et sur lesquelles nous parvenons à sauter.

  • En revanche, on sent un peu moins, voire plus du tout, l’influence de la musique africaine. Est-ce un tournant ?

    Jimmy : Le premier album était en effet axé sur la musique africaine, si l’on compare. Son approche était beaucoup plus organique. Mais pour ce dernier disque, nous avons voulu nous concentrer sur la musique électronique. La batterie est toujours basée sur des rythmes similaires, c’est la même configuration en réalité, mais en beaucoup plus électronique. 

    Vincent : Quand nous réalisons un nouvel album, nous n’avons pas envie de reproduire entièrement la couleur des sons que nous avons utilisée sur le précédent. Encore une fois, nous avons besoin d’avancer, de faire quelque chose de différent à chaque fois.

  • « Tic Tac Toe » sonne très punk ou post-punk, dans son rythme, très rapide. Pour quelle raison avoir choisi ce titre comme single, pour promouvoir l’album ?

    Tommy : Je pense que c’est à cause l’énergie qu’il dégage. Et puis comme nous ne nous étions pas manifestés depuis longtemps, nous avions envie de marquer les esprits avec un titre percutant, pour dire que nous étions bien de retour. La chanson semblait appropriée, notamment grâce sa rythmique  vraiment très catchy et surtout facile à retenir. Le titre sonnait donc déjà comme un single lorsqu’on l’a travaillé.

  • J’ai entendu dire que vous aviez été « aidés », ou du moins proches, des membres de Franz Ferdinand. Est-ce toujours le cas ?

    Jimmy : Nous avons fait quelques enregistrements ensemble. Nick (ex-guitariste des Franz Ferdinand) a un studio proche du notre et nous avons travaillé là-bas. Cependant, nous n’avons vraiment fait qu’un seul enregistrement en une journée. D’ailleurs je ne suis même pas sur que Nick ait été présent ce jour-là, pour être honnête avec vous. 

    Vincent : Non, je ne pense pas non plus. Nous voulions travailler les voix avec un meilleur microphone et un espace différent, et comme il y a là-bas un bon ingénieur du son…

    Jimmy : Oui et c’était presque un mécanisme que d’y aller, en fait. Nick a bâti ce studio avec ses amis. J’y ai souvent joué et enregistré, avec lui et sa femme Manuela Gernedel lorsqu’il enregistrait son album solo avec elle. Donc puisque nous avions hâte d’enregistrer un morceau, à ce moment là, j’ai naturellement évoqué le studio de Nick.

    Vincent : Il faut savoir que deux membres de Django Django sont Ecossais, à la base. C’est donc tout naturel qu’ils croisent fréquemment les membres des Franz Ferdinand à Glasgow.

    David : Et puis, certaines personnes ont déjà associé notre musique à la leur en disant qu’elle lui ressemblait beaucoup. Ce que nous avons d’autre en commun, c’est que nous sommes tous influencés par des groupes tels qu’Orange Juice ou encore les Talking Heads. Nous écoutons le même genre de musique (80’s, post-punk et DIY), donc il est possible qu’il y ait des ressemblances. 

  • Vos video-clips sont très travaillés. Est-ce que cela signifie que vous tenez à accorder plus d’importance à l’aspect visuel de votre musique ou que vous êtes davantage attentifs à votre propre image ?

    David : Je pense qu’un groupe doit faire attention à son image et être satisfait du résultat des clips, parce qu’il doit y être connecté. Le fait que nous ayons tous fait les beaux arts nous aide beaucoup pour le visuel et la « conscience du design ». Nous faisons des vidéos à tour de rôle et avons des idées assez déjantées, donc il est important d’avoir le contrôle.

  • Le fait d’avoir fait les beaux-arts a-t-il aussi eu une influence sur votre musique ?

    Tommy : Certainement. En particulier à travers ce qu’on a appris et ce qu’on est devenus. Une fois que nous avons chacun terminé nos études, nous nous sommes retrouvés livrés à nous-même et avons tout fait pour devenir autonomes, pour ne dépendre d’aucun autre moyen de survie. Nous sommes cependant restés influencés de manière naturelle par les beaux arts, par cette approche, lorsque nous avons commencé la musique. C’est cette approche qui est à la base de notre premier album. Après avoir obtenu nos diplômes, nous nous sommes concentrés sur notre créativité et, comme nous n’avions finalement pas de grosses contraintes financières, nous pouvions nous concentrer sur l’essentiel et prendre le temps de pousser les choses jusqu’à leur accomplissement. Si cela n’avait pas été le cas, nous aurions sorti notre premier disque plus tôt, en espérant en tirer un maximum d’argent, ce qui aurait bridé notre créativité. Alors, oui, je pense que le fait d’avoir suivi ce type d’études a forcément influencé notre manière de faire de la musique. Nous essayons de créer des humeurs dans notre musique et le visuel y aide d’ailleurs beaucoup. 

  • Enfin, est-ce que ça vous arrive de sortir à Paris ? Quels sont vos endroits préférés de la nuit parisienne ?

    Vincent : Nous aimons beaucoup le Chat Noir ! Lorsque nous venons à Paris, nous nous retrouvons toujours à Pigalle, sans savoir vraiment pour quelle raison précise, probablement parce qu’il y a la Cigale. Nous sommes toujours fourrés là-bas. Il y a aussi un endroit appelé Chez Moune (prononcé « chaiiise moune », ndlr), malheureusement à chaque fois que nous essayons d’y aller, on ne nous laisse pas rentrer ! Nous ne sommes sans doute pas assez bien pour eux… C’est une blague récurrente, nous ne sommes jamais acceptés chez Moune.

  • Ils ne savent pas qui vous êtes ?

    Vincent : Oh, on a bien sûr déjà essayé cette tactique, mais… non, cela ne fonctionne pas ! Vincent a dit qu’il était Syd Barrett, mais cela n’a pas fonctionné !

  • Paris est-elle encore une ville où on peut faire la fête, ou est-ce que Londres, Berlin ou Lisbonne sont mieux placées pour cela ?

    Jimmy : Vous posez cette question à des trentenaires et nous sommes mal placés pour répondre, nous sommes « post-party »… Mais les chaises à Paris sont super confortables ! Et on y trouve beaucoup plus de terrasses qu’à Londres. En fait, ce qui nous intéresse, c’est quand on peut trouver de bons bars à snack, pour pouvoir manger tout le temps, boire des bières et du vin, comme dans les bars espagnols où on peut boire et se bourrer la gueule. Paris possède une importante culture des cafés et des bars. ll y a de très belles architectures à Paris, comme cette pièce (locaux de leur distributeur Because, ndlr). Je pense que Paris est quand même une très bonne ville pour sortir.

  • A propos de sorties, je suppose que vous aimez beaucoup faire la fête et boire ?

    Vincent : Pour notre premier album, nous avons bu beaucoup de bières et d’alcool et cela rend le résultat amusant. Nous racontons des histoires sales, nous devenons immatures…

    Tommy : Pour les paroles, si vous donnez un mot à Vincent, il va vous redonner un autre mot et ça devient très drôle !

    Vincent : Lorsque nous buvions, c’était il y a très longtemps. Mais nous parlons parfois d’alcool dans nos chansons !

    Propos recueillis par Sixtine Josselin

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