Visuel Dayme Arocena
Paris La Nuit

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Dayme Arocena

Daymé Arocena est déjà considérée à 24 ans comme une Diva de la musique cubaine, au sens noble du terme. La jeune caribéenne à la voix puissante fait le tour du monde et se trouve être une ambassadrice de choix de Cuba, son île d’origine qui s’ouvre de plus en plus à l’extérieur. Avec une vérité qui la caractérise et des mots empreints d’universalité, elle se raconte en amont de son prochain concert parisien le 13 avril prochain. Elle présentera au New Morning « Cubafonia », son troisième album solo.
Categorie Interview / Paris ma nuit
Activité / Label Brownswood Recordings
Date de publication 10/04/2017
  • Bonjour Daymé, et merci de répondre à nos questions. Qu’est-ce qui inspire une jeune chanteuse de 24 ans ? Quelles sont vos inspirations ? Il se dit que votre grand-mère chante très bien.

    Bonjour ! Ma grand-mère chante merveilleusement. Elle n’est pas chanteuse de profession. Elle a une si belle voix, je pense que sa voix est plus belle que la mienne ! Je suis née dans une maison entourée de toute ma famille y compris elle. Il y avait souvent des fêtes, de la rumba, du bolero. Mon influence principale c’est ma maison. J’ai grandi dans cette bâtisse avec une vingtaine de personnes amoureuses de la musique, en chantant et dansant. Je suis entrée au conservatoire à 10 ans, et j’ai étudié la musique classique, Beethoven, Bach, Brahms, Mozart, Schubert, Schumann. Tous ces grands noms qui m’ont menée à devenir cheffe de chœur. Ils s’ajoutent à cette musique cubaine populaire que j’ai en moi. J’avais 15 ans quand on m’a demandé de chanter pour le Big Band de l’école. J’ai accepté sans savoir ce qu’était un Big Band et que j’allais devoir chanter du jazz. Ils m’ont donné des standards de jazz comme « My Funny Valentine » à apprendre, et au fond je ne savais pas vraiment ce que je faisais, dans quoi je m’engageais ! J’ignorais au fond ce qu’était le jazz en chantant du jazz… (rires) A un moment j’ai commencé à enregistrer des titres d’Ella Fitzgerald, Nina Simone, Billie Holiday, Sarah Vaughan… J’ai commencé à aimer ces grandes artistes. C’est le moment où j’ai réalisé ce que je faisais et ce que j’allais faire. Mes influences sont le fruit de cette musique classique, de la rumba et me donnent la liberté de chanter ce que je veux y compris du jazz. Parfois j’ai l’impression que le jazz m’a choisie, et pas le contraire.

  • Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec Gilles Peterson (DJ producteur à la tête du label Brownswood dont elle fait partie, ndlr) ?

    Gilles a travaillé sur le projet « Havana Cultura Mix » (un projet réunissant des artistes électro internationaux et des artistes cubains, ndlr) et nous nous sommes rencontrés à Cuba. Ce projet supporte les arts cubains, la musique bien sûr mais aussi les peintres, la création cubaine. Lui et ses amis DJ cherchaient des chanteurs pour participer à leur projet global, et c’est là que nous nous sommes trouvés mutuellement, et nous avons fait de la musique. C’est ma vie maintenant.

     

  • Vous portez des tenues blanches, référence constante à la religion Santeria (religion Afro-Cubaine dérivée de la religion Yoruba, ndlr). Pouvez-vous nous parler un peu de ça ?

    Quand j’ai rencontré Gilles et participé au projet « Havana Cultura », j’étais dans une année « d’initiation » religieuse pendant laquelle le blanc doit être la seule couleur portée, sur le corps et couvrant la tête. Je peux maintenant porter les couleurs que je souhaite, mais ensemble avec le label on a trouvé que ça me correspondait bien donc je continue de porter du blanc.

  • Votre concert à Paris se passera au New Morning le 13 avril. Qu’est-ce que vous aimez le plus à Paris ?

    J’aime son histoire. Paris est une si belle ville, où l’Art est partout. Je suis une amoureuse des arts, j’aime les musées, les peintres, l’architecture découvrir l’histoire d’un pays. Paris est une des villes les plus importantes bien sûr et c’est ce qui attire mon attention quand j’y viens.

  • Avez-vous un(e) artiste français(e) préféré(e) ?

    J’aime vraiment beaucoup Edith Piaf. J’aime beaucoup aussi « Ne me quitte pas », que j’ai découverte grâce à Nina Simone et sa belle reprise. C’est là que je me suis penchée sur la musique française, très importante pour moi.

  • A propos de votre dernier album « Cubafonia », aux mélodies très cinématographiques : on y retrouve plusieurs genres de musiques cubaines. Les sonorités sont différentes de vos deux premiers albums. Est-ce qu’une nouvelle Daymé est née ?

    Cet album est encore plus authentique. C’est un voyage, un périple à travers les rythmes cubains. C’est une plongée dans l’histoire intéressante de la musique de mon pays. J’ai écrit plusieurs chansons en essayant de montrer le plus fidèlement l’essence de ces différents rythmes cubains originaux. Avec cet album, j’essaye de montrer au monde ma culture. Montrer la richesse qui est la nôtre. Le Buena Vista Social Club fut un beau moyen de montrer mon île au monde, mais ce n’est pas notre seule valeur. J’ai énormément de respect pour ces grands artistes cubains, et ils sont une inspiration pour la jeune génération qui doit cependant montrer d’autres choses.

  • « Cubafonia » sonne très rumba, bolero, pop, même un peu smooth R&B romantique parfois. Ce métissage est donc un choix pour montrer la diversité de la musique cubaine ?

    Oui. Je ne pouvais pas tout résumer en un seul album. J’ai 11 différents rythmes cubains que j’ai essayé de faire entrer dans un album. La Rumba, donc, le Bolero, le Tango Congo… Je n’ai pas pu y mettre par exemple le Conga (rythme de danse populaire, portant aussi le nom d’un instrument percussif, ndlr), la Habanera, tellement de rythmes que j’aurais aimé montrer aussi.

  • Vous faites partie de cette nouvelle génération d’artistes cubains comme Yilian Canizares, Ibeyi, Haydée Milanes… Imaginons qu’un choix se présente pour une collaboration artistique, quel artiste cubain, toutes générations confondues, choisiriez-vous ?

    Si je devais choisir parmi ces trois-là par exemple, j’irais vers Haydée Milanes. Elle est une de mes plus grandes influences à Cuba. Je les connais, elle et sa musique depuis mon adolescence. Je suis tombée amoureuse de sa voix.

  • Comment est-ce qu’on gère la célébrité à 24 ans, quand on entend les spécialistes vous comparer à Cesaria Evora ou Miriam Makeba ?

    Je ne sais même pas quoi dire… Je ne cherche pas à être célèbre, je cherche simplement à apporter ma culture aux autres. Mon but est de donner à Cuba un auditoire encore plus grand grâce à l’industrie de la musique. La célébrité c’est bon pour acheter une maison ou une voiture. (rires) Le plus important est de passer un message musical.

  • Que peut-on vous souhaiter pour le futur ?

    De la musique. Tout ce dont j’ai besoin est de continuer à créer. Des idées musicales. De l’inspiration.

    Infos et billetterie ici

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