Visuel Corine, fille le jour, héroïne la nuit
Paris La Nuit

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Corine, fille le jour, héroïne la nuit

La musique, je suis tombée dedans quand j'étais toute petite. Pour moi, c'est vital. Il y a cet aspect très viscéral, donc je ne me pose pas vraiment la question de pourquoi j'écris de la musique.
Categorie Interview / Paris ma nuit
Activité / Label -
Date de publication 15/01/2019
  • Ça fait deux ans qu’on ne s’est pas parlé… Qu'est-ce que tu deviens ?

    C’est une très bonne question… Si moi-même je le savais, je m’en porterais mieux… (Rires) On s’était rencontrés pour Pourquoi Pourquoi, donc depuis il y a eu Cocktail, le duo avec Juliette Armanet, le remix de Polo & Pan… Ensuite la signature avec Polydor, avec mon tourneur Wart… Et puis enfin là, la sortie de l’album. Ces deux années, je ne les ai pas vues passer du tout.

  • Est-ce que le disco se porte mieux depuis la dernière fois ?

    Je crois que le disco n’est jamais mort. Que ce soit avec Philippe Katerine et Louxor J’Adore en 2005 ou l’album des Daft Punk Random Access Memories en 2012… Ça avait cartonné. Aujourd’hui, j’ai la sensation, comme il y a une vraie morosité et qu’on est dans un passage un peu rude, que les gens sont sensibles à une musique qui fait du bien. Ce n’est pas que le disco, c’est aussi le funk, la soul, l’électro… J’espère avoir réussi dans mon album à réunir tout ça.

  • Les gens te le rendent bien ?

    L’autre jour, j’ai joué au Mans et j’ai reçu le plus beau compliment qu’une fan puisse me faire : « Vous devriez être remboursée à la sécurité sociale. ». Elle m’a dit qu’elle faisait des dépressions très graves et que les psychologues ne l’aidaient pas du tout, mais que ma musique lui faisait un bien fou. Je crois qu’on est beaucoup à faire de la musique aussi pour ça.

  • Cette musique "médicinale", c'est une chose à laquelle tu penses quand tu écris tes textes ?

    La musique, je suis tombée dedans quand j’étais toute petite. Pour moi, c’est vital. Il y a cet aspect très viscéral, donc je ne me pose pas vraiment la question de pourquoi j’écris de la musique. J’imagine qu’à partir du moment où on est très en lien avec soi, ça parle à des gens. Il y a des gens qui n’aiment pas, et c’est normal ; on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais non, je ne réfléchis pas quand j’écris. À part dans la drôlerie. J’ai mis du temps à me défaire du jugement des autres. Aujourd’hui je suis très tranquille avec ça. J’aime bien provoquer et m’amuser avec les codes. Dans ce cas-là, j’essaye de penser à la réaction du public, son interprétation de mon dixième degré.

  • Jusqu'à quel degré tu serais prête à aller ?

    Ça, je ne sais pas. Quand je dis « j’aime, j’aime le chocolat » et que dans le clip du chocolat dégouline sur ma bouche, même moi quand je vois l’image pour la première fois je me dis : « Est-ce que les gens vont comprendre que ce n’est pas juste du cul ? » Je ne suis pas en train de faire un film porno, je ne me moque pas non plus. Par contre, oui, c’est un gros code sur les femmes et leur place, comment je peux jouer avec ma féminité et ma sensualité et m’en amuser. Évidemment, « j’aime le chocolat », tu as le premier sens, et puis plein d’autres que derrière chacun interprète comme il veut. Dans l’esthétique des clips, j’aime bien provoquer et aller chercher quelque chose qui dérange un peu. Ça me fait marrer.

  • Ta musique serait différente sans les clips ?

    Je pense que c’est un tout. De même que la façon que je vais avoir de m’habiller sur scène, les costumes, les lumières… Tout est très important pour moi. Je réfléchis à tout.

  • Premier album sorti, comment tu te sens ? Libérée ? Accomplie ?

    Accomplie, jamais. Mais c’est ça qui est excitant. Une fois que l’album est sorti, tu réfléchis déjà à ce que tu vas faire après. Là ce qui est génial, c’est de tourner. D’aller un peu partout et pouvoir jouer ta musique en live ; c’est ce qui compte le plus. Et ce n’est jamais fini. Quand Un air de fête est sorti (16 novembre 2018, ndlr), je ne m’en suis même pas vraiment rendu compte. Ça fait partie d’un tout.

  • Dedans, tu évoques une « fille le jour, héroïne la nuit ». Héroïne de quoi, de qui ?

    Ça parle des différents masques qu’on porte en tant que femme ou homme. Sur les doubles qu’on a tous. La personne qu’on peut être la journée, et comment on peut se transformer la nuit. En soirée, sur une piste de danse… Une rencontre va faire que d’un coup, on va vivre un moment unique et être différent. On va sortir de nos habitudes et vivre quelque chose d’un peu magique. C’est aussi un peu une sorte d’épopée pour dire à tous : « Osez ». Tu n’as pas besoin d’être sur scène pour briller.

  • « Avec Corine, on peut jouer toute la nuit. » À quoi joue Corine toute la nuit ?

    Corine ? Soit elle dort, soit elle joue. La nuit, je trouve que c’est le berceau de la désinhibition. Ce n’est pas forcément lié à l’alcool ou autre, c’est simplement que dans l’ombre, les gens se permettent plus de choses. Le jeu de Corine, ça va être sur une piste de danse, ça va être les concerts, ou même des nuits entières à discuter entre amis, à faire de la musique. Dernièrement, j’ai découvert pas mal de cabarets à Paris qui existent encore. Comme Madame Arthur, le Manko, le Rouge Pigalle qui vient de réouvrir avec Dorion (son producteur, ndlr) qui mixe là-bas. Tu as plein de personnages de nuit qui arrivent et qui ne viennent que pour danser et lâcher prise. Tu entres dans un tourbillon où les gens se révèlent. Je peux passer des heures à observer, à danser…

  • Quel est le degré de transparence entre Corine et toi-même ?

    Je pense que ça se situe vraiment dans ma musique. Je n’ai pas l’impression de mentir du tout – sans aucune prétention. Oui, je joue, je m’amuse beaucoup, mais je ne suis pas en train de construire le rôle de ma vie non plus. C’est quelque chose que je maîtrise, et je sais pourquoi j’ai envie d’être plus extravertie que dans la vie. Sur scène je prends une voix très différente qui se rapproche de mes chansons, très maniérée. C’est quelque chose qui me porte et qui m’inspire vraiment. C’est une façon de s’adresser aux gens qui est assez piquante. Ça les marque.

  • Comment tu expliques à toi enfant ce que tu es devenue aujourd'hui ?

    Je parle souvent à l’enfant que je suis. Tu as dû le remarquer, j’ai gardé une grosse part d’insouciance. Ce n’est pas très conscient, mais je m’en rends compte quand même un peu. Plus j’avance dans le monde adulte, plus j’essaye de me ressaisir. Mais c’est aussi ce qui m’a sauvée plein de fois. L’enfant que je suis n’est pas du tout étonnée de la femme que je suis devenue. Il n’y a aucune frustration.

  • Quand on te voit, quand on regarde tes clips, on a l'impression que c'est toujours l'été.

    Tant mieux !

  • Il doit faire chaud chez toi…

    Oui, il fait chaud. (Rires) Après j’aime beaucoup l’hiver. J’aime les extrêmes. Les trucs très tempérés, ça m’ennuie un peu. Printemps, automne, je trouve ça magnifique mais je préfère quand c’est assez extrême. Mais je suis contente : si même en plein hiver, mon album arrive à réchauffer, évoquer l’été et donne l’impression de voyager au bord d’une plage, tant mieux.

  • Est-ce que ton coiffeur te coûte plus cher que celui de Hollande ?

    (Rires) Très bonne question. Je pense que le sien est beaucoup plus cher. Mais ils n’y arrivent pas du tout. Faudrait que je lui donne le numéro du mien.

  • Bonnie Tyler, Catherine Ringer, Jane Fonda. Tu es un peu le mélange moderne "parfait" de tes idoles, mais tu dois bien avoir un défaut.

    Je dirais que je peux être assez réactive. À des moments où ce n’est pas forcément nécessaire. Si je suis fatiguée, si je suis mangée par mon exigence, je peux l’être. Après coup, je me dis souvent que c’est totalement absurde. J’ai encore à gagner en tranquillité.

  • Tu préfèrerais chanter avec Bonnie, jouer avec Jane ou boire un verre avec Catherine ?

    (Rires) J’aurais bien aimé faire le cours de danse avec Jane Fonda. Ça m’aurait bien fait marrer. Boire un verre avec Catherine, c’est fait et c’était totalement fou. Je m’en souviendrai toute ma vie. Elle a un côté très cash : « Tiens, toi je t’aime bien. Toutes les autres filles sont tellement sérieuses, toi tu fais du bien. T’es sexy, t’es drôle, tu t’en fous de tout. » Elle me disait de continuer à être comme ça, de ne pas me laisser faire. C’était drôle, et ça m’a touché parce que c’était vraiment sincère.

  • Si demain il n'y a plus de musique dans ta vie ?

    Je pense que je suis en autarcie au fin fond de l’Ardèche, permaculture et quelques chèvres. Si un jour je dois changer de vie, je pense que ça sera ça.

  • Mais dans le silence.

    Et plus en lien avec la nature. Encore une fois je viens de la campagne, donc j’ai ce truc relié à la terre qui est assez fort.

  • Bon sinon samedi j'ai un roller disco, tu viens ?

    (Rires) Je suis nulle en roller. J’ai hyper peur de me casser un truc et de ne pas (plus) pouvoir faire de scène. C’est ma hantise. Du coup je peux venir, mais je te regarde.

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