Visuel Behzad et Amarou
Paris La Nuit

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Behzad et Amarou

Beaucoup de gens disent qu’il faut absolument produire pour tourner, c’est quelque chose que j’ai du mal à comprendre.
Categorie Interview / Paris ma nuit
Activité / Label Bear
Date de publication 22/06/2017
  • Behzad et Amarou, c’est quoi ?

    Amarou : Alors c’est Behzad Gorbani et Amarou Martinez, deux patrons de label, deux artistes qui forment un duo

    Behzad : Une Belle Rencontre, Deux Belles Routes qui se croisent et surtout une énergie commune incroyable !

  • C’est l’agence de booking Concrète qui vous a permis de lancer votre carrière. Quelle est votre trajectoire depuis ces cinq dernières années ?

    B&A : Il s’est passé pas mal de choses en cinq ans : Le lancement du label, la création du studio qui a permis de s’y poser, le perfectionnement de nouvelles idées et puis surtout beaucoup de dates en Clubs.

    Des soirées tous les mois voir parfois semaines. En France, en Europe comme en Espagne, en Allemagne, Hollande ou encore Angleterre. Cet été, on va jouer en Serbie au festival EXIT. Ça nous a aussi donné la chance de rencontrer pas mal d’artistes que l’on admire, de découvrir des talents et surtout d’avoir pu faire partie des personnes qui ont contribué au renouveau de la scène électronique à Paris.

  • On vous a vu participer à maintes reprises aux soirées de la radio Villette 45. Pouvez-vous nous présenter cette dernière brièvement en expliquant son fonctionnement et son but ?

    B&A : Villette 45 est une web radio indépendante. Comme tout le monde peut le voir sur le site, c’est un regroupement d’acteurs de la nuit qui souhaitent diffuser massivement et en continu de la musique du monde, de l’homme et des machines. Tout se passe via le net, des résidences et des soirées. Il y a des projets qui sont à venir mais qui ne sont pas encore très bien ficelés.

    L’idée de cette radio, c’est de ne pas mettre en avant les acteurs qu’il y a dedans, un peu comme une radio anonyme. Il y a le désir de communiquer sur les artistes qui vont y passer pour y jouer un set, faire des interviews. Puis, il y a le fait que chacun peut émettre de là où il se trouve, du coup faire des émissions un peu à droite, à gauche. C’est une radio qui est éclectique.

  • Comme pour votre label, on sent à travers elle, une volonté de dépasser les frontières de la musique « électronique » pour vous ancrer dans un projet plus large. Quel message avez-vous envie de transmettre ?

    Amarou : C’est Behzad qui a déniché les artistes. Il a essayé de privilégier ceux qui se différenciaient les uns des autres. D’abord il y a eu Daxyl, plutôt dans un univers electronica, techno à l’ancienne. Ensuite, il y a eu Cory James avec une techno à la new-yorkaise. Caproni qui est plus down tempo, ambiant et mentale. Et là, on est sur la quatrième sortie avec OHES qui se situe dans une house plus rythmée et colorée.

    Ce qu’on tente de reproduire sur notre label, c’est un peu ce côté éclectique que l’on a quand on joue. « Kiffer » la musique. C’est un peu facile de dire ça mais c’est l’idée. Tout en gardant quelque chose de pro et de cohérent niveau artistique.

    Behzad : Notre Label est tout simplement le reflet de notre duo, nous acceptons toutes sortes de projets et prenons un réel plaisir à vouloir mettre en avant des artistes qui ne sont pas forcément dans le circuit de la scène actuelle …

  • Entre le moment où vous avez débuté et aujourd’hui, la sphère « électro » a connu un boom qui l’a propulsée vers un succès certain, privilégiant parfois la quantité à la qualité et s’éloignant de son message d’origine. Que pensez-vous de cette évolution ?

    Amarou : Je ne sais pas trop. Les choses évoluent à leur manière. Dans le sens où par exemple, beaucoup de gens disent qu’il faut absolument produire pour tourner, c’est quelque chose que j’ai du mal à comprendre. Je pense qu’un bon producteur est un bon producteur, un bon dj est un bon dj et celui qui veut être les deux le peut. Le problème, c’est quand on n’arrive plus à dissocier les deux. Peut-être que ce genre de mentalité est dû à ce boom exponentiel de la musique électronique.

    Cette démocratisation a permis d’ouvrir la porte à plein de gens, mais aussi de faire connaître des artistes, comme les fondateurs de la techno à des personnes qui, à la base, étaient très éloignées de tout ça. Après il y a aussi l’autre versant : Manque de qualité, manque de rigueur … Mais au finale, quand tu aimes la bonne musique, tu reconnais ce qui est bon ou pas.

    Behzad : Comme tout courant musical qui connait un succès, on observe logiquement une surproduction et assistons malheureusement à une saturation ce qui d’ailleurs pénalise pas mal de labels sur le marché actuel mais cela reste une bonne chose qu’il y ait de plus en plus de producteurs et de dj’s car la qualité n’a pas disparu selon moi elle devient juste moins facile à repérer …

  • D’ailleurs, votre carrière de dj est plus marquée que celle de producteur. Ce temps que vous prenez pour sortir des tracks serait-il motivé par une volonté de créer quelque chose qui sorte de l’ordinaire et si oui que recouvre-t-elle ?

    B&A : Cette histoire comme quoi on mixe plus qu’on ne produit n’est pas fausse. Mais pas celle de faire ça pour sortir de l’ordinaire. Je pense surtout que c’est parce qu’on n’était pas prêt à sortir des tracks. On commence tout juste à l’être. C’est peut-être un peu tardif mais c’est comme ça. On a commencé notre carrière sur les chapeaux des roues et on a sûrement pas tout bien géré niveau organisation, sur le fait de savoir faire les bons choix… Mais c’est comme ça qu’on apprend. Bien produire, ça prend du temps, de l’organisation, de la connaissance et plein d’autres choses. Les gens l’oublient souvent et s’arrêtent à ce qu’ils pensent savoir alors que quand tu es sur le terrain, c’est complétement différent. D’ailleurs, vous aurez l’occasion d’écouter ça très prochainement

  • Si vous pouviez rectifier 3 choses concernant l’évolution de la scène actuelle française ?

    Amarou : Ce qui est contradictoire, c’est que ce qui peut-être super cool à la fois, peut-être aussi un gros poison…

    Alors :

    -       L’évolution des réseaux sociaux qui te permettent de digguer, de te tenir au courant de ce qu’il se passe, se renseigner sur la vie des autres artistes. Les gens vivent sur internet. Et en même temps c’est par ces mêmes réseaux que les choses peuvent être tirés vers le bas : faire monter des artistes qui ne doivent pas, briser des carrières …

    -       Le fait d’être visible sur les réseaux sociaux qui fait qu’on te booke et que si tu ne l’es pas, bah on ne te booke pas. Ça empêche aussi d’aller hors des sentiers battus parce que le bookeur n’a pas forcément le temps d’aller chiner à droite, à gauche. Donc ça laisse sur la sellette des artistes qui mériteraient de se faire connaître.

    -       Les lois qui bloquent un peu l’univers de la nuit et qui poussent à chaque fois à aller vers un écrin plus serré. Les restrictions qui te ramènent à des formats de soirées archi codés alors que la fête c’est la liberté.

    Voilà après apprendre dans quel système on vit et le dompter. Puis une fois qu’il est dompté, tu peux en faire plein de chose.

    Behzad :

    -    Plus de Djs derrière les booth et de producteurs dans les studios

    -     une confiance du public auprès des organisateurs concernant les lines-up

    -     Plus de Behzad moins d’ Amarou ^^

     

  • Le fait d’avoir son propre label offre de nombreuses possibilités : faire découvrir de nouveaux artistes, véhiculer des idées, créer quelque chose de complètement innovant. Que représente BEAR pour vous ?

    Amarou : Je ne sais pas si on peut dire « innovant » parce que des labels il y en a depuis des années mais en tous les cas, ça représente une plateforme qui est la nôtre. Après, sans trop d’argent, c’est un peu compliqué. L’idée c’est d’avoir une approche différente du vinyle avec des covers chiadées, des sorties plus régulières, des collaborations avec des artistes etc …

    Behzad : Notre Maison tout simplement

  • Aujourd’hui BEAR en est à sa troisième sortie : « Romane » de Jérôme Caproni. Pouvez-vous nous le présenter ?

    B&A : Jerôme Caproni est un Niçois qui a produit sous le nom de Zecapx. C’est sa première sortie sous ce nom. Il a voulu parler de lui-même dans cet EP, de sa fille, de sa vie et de sa famille. C’est un EP très profond avec plein de waves et une atmosphère mélancolique. Je ne pense pas que se sera la dernière fois qu’on travaillera ensemble, on pense à refaire un nouvel EP sur BEAR. D’ailleurs, il a aussi son label :  Kassian Studio, c’est solide ce qu’il fait, il faut le suivre.

  • Comment l’avez-vous rencontré ?

    Behzad : Sur les réseaux sociaux

  • Vos projets ?

    B&A : Après deux ans de studio, on est arrivés au bout d’un beau dossier avec plein de tracks. Nous avons été approché par pas mal de labels mais préférons sortir un maximum sur notre label BEAR. Puis on a aussi des projets du son à l’image… On a plein de choses en tête qu’on a maturées pendant ces deux années de studio. Par exemple, on a travaillé avec un mec du Burkina sur un projet Drum&bass…  Et puis bien sûr, être heureux !

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